18/12/2013

COMING SOON : LA BELLE ET LA BÊTE (Christophe Gans - 2014)

ROSE BONBON

Dans cette nouvelle chronique, nous critiquons un film via sa bande-annonce. Il n'est certes pas très honnête de juger une œuvre avant de l'avoir vu. Mais qui prétend que nous sommes honnêtes ? Voici la cible du jour :



Le sujet qui suit mériterait de s'y attarder longuement et de se jeter alors tête baissée dans un débat sans fin : la place qu'occupe le cinéma de genre en France. Nous y reviendrons sans doute régulièrement au DWARF. Ce n'est guère le but de cet article, mais disons qu'il constitue une petite amorce.

Dans la grande maison du 7ème art français, tandis que la comédie populaire trône dans les toilettes (la pièce la plus spacieuse cela dit), le cinéma de genre se partage la niche du chien, la litière du chat et la cabane du hamster. Penchons-nous sur le made in France de ses 20 dernières années. Qu'il s'agisse de l'Horreur, du Fantastique, de la Science-fiction ou de l'Heroic fantasy, ces catégories si diverses ont quasi toutes la même cote misérable auprès des gros producteurs du cinéma français. Autrement dit, tout ce qui relève un tantinet de l'univers imaginaire est snobé, ignoré, maltraité. Ce n'est point réaliste, donc impossible, et impossible n'est pas français. Tant pis si la littérature nationale contient de fabuleux contre-exemples, peuplés de rêves verniens et de cauchemars maupassiens, le cinéma populaire français ne s'intéresse pas à ces histoires pourtant typiquement cinématographiques. On pourrait étaler les raisons basiques : ce n'est pas rentable, pas assez sérieux, ça n'intéresse pas les ménagères de plus de 50 balais... Ou encore laissons les américains produire ses objets de consommation frivoles et coûteux qui squatteront la case du dimanche soir sur TF1. Je vais arrêter là cette vision assez proche de la vérité mais somme toute assez clichée.

 Version moderne du conte
Car assurément : NON ! Au royaume de l’Étrange, un espoir luit. Une poignée d'irréductibles réalisateurs français en marge de la norme résiste encore et toujours à l'envahissante tentation du « cinéma réaliste ». On peut féliciter leur bravoure. Certains proposent avec souvent peu de budget de vraies alternatives, une vraie touche, une patte, une griffe et même parfois des coussinets.

Pas toujours cependant.

Christophe Gans fait partie des très rares soldats à bénéficier de budgets confortables pour insuffler un peu de magie dans le cinéma populaire français. Cinéaste cinéphile et amoureux du bis, Gans s'attaque à la relecture d'un conte populaire célébrissime : La Belle et la Bête. Pourquoi pas ? Cette histoire éternelle, comme le chantait Samovar, a bel et bien traversé les âges. Ce conte est devenu populaire grâce à Jeanne-Marie Leprince de Beaumont au XVIIIè siècle, qui l'a tiré du recueil de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, qui s'est elle-même inspirée de Francesco Straparola, qui a puisé dans le folklore italien et qui est remonté jusqu'aux Métamorphoses du latin Apulée.
La première version cinéma connue date de 1899, avant de connaître deux grandes versions marquantes : le film poétique de 1946 par Jean Cocteau et la version musicale de Disney de 1991. Difficile de passer après deux mastodontes, mais Gans relève le défi. Le bonhomme s'est auparavant surtout exercé dans le registre horrifique.

Ça promet a priori une nouvelle vision moins grand public, plus violente, originale.


Qu'en est-il a posteriori ? Ben... heu. Voici la bande-annonce du film :


Bon, voilà !

Que dire ? Évidemment, à ce moment précis, vous vous attendez à lire mes impressions bien échaudées. Vous les imaginez peut-être cinglantes et sans pitié, que je piétine sans vergogne l'effort du réalisateur et de son équipe à transmettre - enfin d'essayer de transmettre - un peu de rêve en couleurs dans le cœur brisé des gens blasés. Que je crache sur les choix esthétiques d'un film visiblement estampillé Quality Street, bonbons dont mémère raffolait avant de devenir diabétique. De déballer un bon flot d'insultes gratuits, comme ça, juste pour le plaisir de se défouler, de déballer sa frustration et de déplorer tout cet argent foutu par les fenêtres pour produire un film qui sera vite vu - vite oublié, où l'imagination de l'auteur se résume à peu près à peau de balle, walou, nada, niente.

Non ! Désolé de vous décevoir chers lectrices et chers lecteurs, mais plutôt que de jouer le jeu du massacre convenu, je ne dirai rien de plus. Je vous laisse juge et bourreau si le cœur vous en dit. Moi, je n'en ai pas envie. Pas maintenant en tout cas.

Pourquoi pas maintenant ? Parce que c'est Noël ! Je n'ai juste pas le droit de déballer ma haine, ce serait inconvenant. Le choix de partager ce trailer en cette saison de fêtes n'est pas le fruit du hasard. Le public se montre toujours plus réceptif à accueillir les images d'un conte enfantin fin décembre que par un jour de mars pluvieux. Moi-même, n'étant pas insensible à cette période bariolée et kitsch, j'ai envie de me montrer bienveillant. Reléguons le cynisme désabusé sur les autres mois pourris de l'année et laissons nous retomber en enfance au moins quelques jours. C'est le but de Noël ! Ça et les cadeaux, évidemment. Laissez-nous ces quelques jours de bonheur consensuel.

Enivré par ce coquet parfum ambiant, la bande-annonce du dernier Gans ne me semble plus si vilaine après tout. Déjà, l'aspect conte est fortement assumé. Gans respecte tous les tralalas habituels qui font toujours plaisir : le « Il était une fois », la voix-Off, les décors rococos, l'univers merveilleux, le bestiaire... Tout est là ! C'est baroque, c'est romantique, c'est maniériste et ça vend du rêve à mille lieux de la production française habituelle. Gans offre une vision classique du conte et c'est tout à fait ce que demande le peuple. Il veut de la tradition, le confort du déjà-vu, du terrain connu, de la nostalgie facile. Laissons donc ce plaisir innocent tranquille et remercions Gans pour la prise de risque de ne pas bousculer l'attente des spectateurs.

Aussi, pourquoi transformer un récit qui fonctionne depuis 3 siècles ? Je résume vite fait :

PÈRE a FILLES. FILLES égoïstes, sauf une qu'est toute gentille, toute généreuse et toute belle. Même qu'on l'appelle BELLEPÈRE ruiné cherche argent et tombe sur château mystérieux de BÊTEPÈRE fait grosse connerie donc BÊTE pas contente, alors BÊTE veux tuer PÈRE. Mais PÈRE, vieux saligaud, laisse BELLE se sacrifier à sa place. BÊTE jubile, car si BELLE aimer BÊTE, alors BÊTE redevenir PRINCE (pas le chanteur !). Et BELLE est toute gentille, toute généreuse et toute belle, donc BELLE va au château de BÊTE. Zoophilie commence. Puis SŒURS égoïstes punies, BELLE et BÊTE s'aiment d'amour, maléfice tombe et BÊTE redevient PRINCE tête à claque. BELLE et PRINCE vivent heureux. FIN


Et c'est très bien comme ça. On change rien. On ajoute tout de même des éléments tirés des vieux films pour palier l'absence d'imagination pour l'hommage cinéphile. Le film de Gans contient donc une scène de bal comme chez Disney. Malheureusement, on ne peut pas encore affirmer avec certitude si la théière qui chante et la panoplie de casseroles dansant la samba seront de la partie.

Cette vanne vous est offerte par Roland
D'autant plus que le film contient un casting très original. Vincent Cassel continue de jouer son bad boy tourmenté dans la peau de la Bête. Le choix est judicieux, puisque l'acteur visiblement s'est totalement passé de maquillage pour incarner le monstre. (comment ça, il est vraiment maquillé ?)
Saluons aussi l'implication du grand André Dussolier qui incarne le père de Belle, contraint de travailler coûte que coûte pour nourrir sa famille et payer ses impôts. Faut bien vivre (oui, je parle du père de Belle. Je crois...)
Saluons la participation d'Audrey Lamy, sœur d'Alexandra Lamy, connu pour jouer l'horripilante Marion dans Scènes de ménage, qui campe ici l'horripilante sœur de Belle. Le rôle de la maturité sans aucun doute.

Quant à Léa Seydoux, elle continue d'illuminer l'écran après La Vie d'Adèle. Esthétiquement mise en valeur par la caméra de Gans, la belle Léa pose et récite des dialogues si finement ciselés, en les octroyant d'un certain détachement dont elle a le secret. Moralité : Léa Seydoux n'a pas besoin d'un tyran pour pouvoir jouer, suffit de la poser sobrement devant la caméra. Point. Prends ça Kechiche et tes méthodes sadiques !

Gageons que le film de Gans soit digne de ces illustres prédécesseurs. Il en reprend déjà apparemment tous les ingrédients. Espérons que d'ici 50 ans, un autre réalisateur audacieux proposera une nouvelle version de La Belle et la Bête et celui-ci rependra la même histoire et le même visuel pour rendre hommage à Gans, qui rendait lui-même hommage à Disney, qui rendait lui-même hommage à Cocteau...

Et ainsi le cinéma de genre populaire français vivra éternellement. Grâce au formol?

Mumu (du Haut-Canif)
avec l'aimable participation de Roland, Bob Coolidge et Red_Fox

N-B : oui le cinéma de genre français va mal mais il y aura d'irréductibles réal' qui resteront sur le territoire a développer le genre, et voir, à lui redonner une place...
style Maury et Bustillo (http://www.youtube.com/watch?v=NC3LMVkZ-c4
ou encore Cattet et Forzani (http://www.youtube.com/watch?v=WOqqFH9_inw

J'y crois encore au cinéma de genre français ! (note de Roland, aka celui qui croit encore au cinéma de genre français)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire