10/09/2014

CRITIQUE : LA REINE DES NEIGES (Frozen - Chris Buck & Jennifer Lee - 2013)

LA PELLE A NEIGE


Confortablement installé dans mon canapé de cuir tanné, ma divine et sculpturale femme contre le flanc et une bouteille de mescal bien calée dans un seau à glace, j'abordai avec délectation le visionnage de La Reine des Neiges. Je l'avais raté en salle et me mis dans les meilleures conditions pour apprécier le nouvel opus, "de ceux qui ont fait Raiponce".

Premièrement et contrairement à une légende urbaine cent fois entendue : non, les auteurs de La Reine des Neiges n'ont rien à voir avec ceux de l'excellent Raiponce, à part celui d'être produit par Disney et John Lasseter, le papa de Pixar. En un sens, ça me rassure, parce que vu la catastrophe, les loulous auraient sacrément chuté de niveau.


Oui alors j'aime autant être immédiatement clair : ce film est d'une nullité navrante, rarement atteinte même par les comédies françaises qu'on nous réchauffe une quinzaine de fois par an, avec toujours les mêmes acteurs, toujours les mêmes histoires, toujours les mêmes vannes et toujours la même promo aux Enfants de la Télé.

Et néanmoins, oui néanmoins, sache jeune lecteur qu'il s'agit du plus grand succès de tous les temps dans l'histoire des films d'animation. Comme quoi, et sans tomber dans un élitisme cinéphilique nauséabond que je laisserai aux rédacteurs des Cahiers, les gens ont quand même principalement des goûts de chiotte. 

Certes, vous pourrez arguer qu'avant de voir le film, on ne peut pas savoir et que moi-même je fus pris au piège, et cætera, et cætera. Oui, c'est vrai. Et pourtant. Le bouche à oreille fonctionne généralement plutôt bien en ce qui concerne les films et j'en viens à me demander comment les premiers spectateurs furent assez crétins pour vanter les mérites d'un film d'une imbécillité aussi crasse que celui-là. Il faut sans doute chercher la réponse du côté du renforcement de conviction, amplement exacerbé par les 11 euros que coûte en moyenne la place (et si vous avez deux mômes qui veulent du pop corn pour en plus jacter pendant 90 % d'un temps décidément trop long parce qu'ils se font autant chier que vous, c'est jackpot).


Un scénario indigent et d'une rare bêtise (en plus d'être absolument prévisible)


Super intro qui développe les prémices d'un folklore scandinave doïdebløt rapidement abandonné et tellement sous-traité qu'il en devient aussi insipide que ses personnages. L'histoire ne met pas moins de trente minutes pour se lancer vraiment et jusque-là en s'ennuie ferme alors que les événements s'enchaînent à une vitesse trop élevée pour que l'on puisse vraiment s'y sentir impliqué, réussissant par la même le double exploit d'être à la fois chiant comme la mort et trop rapide. Une telle durée s'avère toutefois plutôt standard avant le fameux "événement déclencheur" mais le remplissage permanent et un univers sans personnalité une fois finie l'introduction soulignent tout le bien-fondé de la théorie d'Einstein sur la relativité du temps.



Par ailleurs, comme annoncé par l'intertitre quelques lignes plus haut, le scénario est d'une bêtise affligeante et ne parvient jamais à embarquer le spectateur avec lui, faute de pouvoir réellement aimer ses personnages.

Intermède "résumé officiel" (cf. Wikipédia) :
Elsa et Anna sont les deux princesses du royaume d'Arendelle. Elsa, l'aînée, possède un puissant pouvoir : celui de contrôler la neige et la glace. Toutefois, son pouvoir n'est connu que de ses parents et de sa sœur. Ce n'est que la nuit que la princesse peut laisser exprimer ses pouvoirs dans le château en transformant la salle du trône en pièce enneigée. Plusieurs fois, elle et Anna s'amusent de cette magie jusqu'à ce que Elsa blesse accidentellement sa sœur à la tête. Le roi part immédiatement voir les trolls dont leur propre roi est capable de guérir Anna. Par sécurité, il décide de retirer plusieurs souvenirs d'Anna afin qu'elle oublie les pouvoirs de sa sœur. Il met ensuite en garde Elsa sur ses pouvoirs et lui conseille d'apprendre à les contrôler, la peur, l'émotion et le stress risquant de les lui faire utiliser inconsciemment.
Elsa et Anna en live à Disneyland... Une certaine idée du bon goût.

Les pouvoirs d'Elsa – elle peut créer de la glace et de la neige à volonté –  doivent demeurer secrets. Mais pourquoi ?! Ce n'est jamais dit, jamais abordé. Si la princesse promise au Trône a des pouvoirs super balèzes comme ceux-là, ça donne plutôt envie de l'acclamer et de se dire qu'on a justement une être d'exception pour guider nos destinées. Mais non. Là, ça doit rester secret "parce que ça peut être dangereux". Pour qui ? Pour Elsa ? Pour les autres ? Ah ! Elle a vaguement blessé sa sœur en jouant et en lui mettant accidentellement un peu de neige en pleine poire. Et ce qui n'est que d'un intérêt extrêmement anecdotique pour quiconque a joué dehors en hiver dans son enfance avec ses copains, à se balancer des boules de neiges maousses avec un glaçon au milieu et autres joyeusetés météorologiques, devient dans le film le nœud de TOUTE l'histoire. La pauvre Anna sombre dans un état catatonique proche du coma… pour trente grammes de poudreuse dans le pif (ce qui en principe devrait a contrario lui filer une pêche d'enfer).

Ah oui au fait… Donc Elsa – l'aînée – a des pouvoirs magiques. Des pouvoirs… mais qui sortent d'où ?! Ranafout', jamais abordé. Et puis il y a des pierres qui roulent et même qu'elles sont choupinettes et trop rigolotes et que ce sont… des putains de trolls ?! Des trolls… qui servent à quoi ?! À part décider de garder un enfant avant même de savoir qu'il est orphelin, activité répréhensible par la loi d'à peu près l'ensemble des nations du monde et qui porte un nom, ils sont censés être ici porteurs d'une vague sagesse chamanique cucul la praloche au possible et à nouveau sous-exploitée. Ce sont les bons "indiens", mais tout de même soumis au Roi, bien blanc et bien humain lui, avec des mains au bout des bras et des doigts au bout des mains.

La petite – Anna – est censée avoir perdu tout résidu mémoriel des pouvoirs de son aînée, mais passe d'INTERMINABLES minutes à lui réclamer… un bonhomme de neige… comme avant. Putain… Outre la dimension insupportable de ces parties chantées, absolument ratées et un douteux effet de montage représentant le temps qui passe, le procédé ne parvient finalement qu'à nous annihiler le personnage d'Anna, gamine insupportablement chiante et bornée qui de surcroît chante faux – dans sa version française tout du moins, toutes choses égales par ailleurs. C'est qu'elle vient même ânonner ses salades salmigondiesques au milieu du deuil de sa sœur la bougresse ! 


Un royaume... vide (*ATTENTION SPOILERS*)


Après la mort du Roi et de la Reine, pas de régent, pas de gouvernement, pas de gardes…. Que dalle à part trois servants empâtés qui hantent l'immensité de couloirs aussi vides que l'œil des scénaristes et un peuple qui attend benoîtement qu'une adolescente dépressive soit en âge de devenir Reine pour la vouer aux gémonies le soir même. Et allez ! C'est gratuit, allons-y de bon cœur, quitte à raconter n'importe quoi autant y aller à fond. Héritière du Trône après sa sœur, pas un  guignol ne s'inquiète du fait qu'Anna file ventre à terre cavaler dans un environnement hostile pour retrouver sa sœur, seule bien évidemment :

" – Il vous faut une escorte ! 
– Non  ça ira… 
– Ah ben d'accord."

Les décors, l'animation des rues, les arrière-plans : tout est désespérément vide, creux, sans âme ni âme qui vive. Le Roi ET la Reine meurent – supercombo uniquement battu par l'ultra des Romanov lors de la révolution russe – et il y a trente clampins à l'enterrement dont… quatre gardes. On se croirait dans Game of Thrones tellement c'est cheap tiens...

(cf. le mariage de Joffrey Baratheon sous une tonnelle qui ne dépareillerait pas dans la chanson Ah, le petit vin blanc, qui réunit tout de même presque cinquante invités et que les Musclés auraient pu animer avant que Bézu ne vienne enchanter les Sept Royaumes décidément en pleine chute démographique, avec les yodl du gros René et une version médiévale de La Fête au Village. Comparez avec le livre et pleurez du sang pauvres hères. GOT est une série aussi merdique que La Reine des Neiges et c'est rien de le dire. Un pauvre copier/coller à quelques millions de dollars de Xena la Guerrière qui n'a rien à leur envier : même plans, mêmes décors, mêmes costumes, mêmes absence de mise en scène et presque les mêmes comédiens. Je fermerai ici ma parenthèse sur l'incompréhensible succès d'une série qui ne vaut que par ses deux premières saisons et trois ou quatre excellents comédiens, corroborant par la même la théorie sus-citée que les gens ont décidément bien souvent des goûts de chiottes. Si George R. R. Martin aime à tuer ses personnages, il demeure pour le moins étrange qu'il aimât à ce point voir son œuvre, pourtant sublime, se faire ainsi violer).

A gauche, la version C Discount ; à droite, la version selon Martin.
Cette parenthèse me permet ici de préciser que La Reine des Neiges est supposément l'adaptation d'un conte d'Andersen, qui narre une histoire en tous points différente de celle-ci, mis à part le titre – et il semble d'ailleurs que Disney prévoit un reboot de la petite Sirène, dans lequel Ariel partirait à Vegas pour réaliser enfin son rêve de devenir meneuse de revue au sein d'un grand show de danse mais se voit obligée de débuter comme strip-teaseuse dans un club minable mais familial et chaleureux, avant de se taper le directeur du show qu'elle finit par intégrer, le tout dans une piscine et arrosée de champagne (on me glisse à l'instant qu'apparemment un sombre réalisateur néerlandais l'aurait déjà fait).

Mais revenons au vide, je vous prie car il va de pair avec une qualité graphique au ras des socquettes, en deux mots comme en cent : c'est moche. Moins que le minimum syndical pour un film sortie en salle en 2013. On a l'impression d'assister à la projection test de la version bêta ou d'une version d'il y a dix ans. C'est lisse, les textures sont aussi pauvres que les arrière-plans, les effets de lumière sont trop souvent passables et les éléments apparaissent la plupart du temps comme indépendants les uns des autres au lieu de coexister harmonieusement au sein d'un même espace.


La mort dans l'âme


Outre un scénario prévisible et sans queue ni tête dont les enjeux parfaitement ridicules se doublent de l'absence presque totale de véritable antagoniste – un bon Jafar, Scar, Ursula, le Prince Jean ou ce que vous voulez, ça a quand même de la gueule pour que le héros se sorte les tripes –, le film échoue absolument à rendre ses personnages aimables, sympathiques ou attachants et surtout à les faire sonner juste. Ils ne sont tous que la copie de clichés par trop éculés et un certain nombre ne sert tout bonnement à rien – à peine évoquerons-nous ici l'un des twists les plus ridicules de l'histoire du cinéma, où le *ATTENTION SPOILER* gentil prince beau garçon se révèle, en quatre secondes et sans plus de raisons que cela de se démasquer lui-même, être un bel enculé (pire : le GRAND méchant de l'histoire, pourtant si petit).Oui parce que jusqu'au dernier quart d'heure, le grand méchant, c'était la sœur aînée, sociopathe frigide et bipolaire (ce qui semble normal) qui s'isole pour ne blesser personne mais lâche un immense monstre neigeux au cul de sa frangine et de son futur nouveau petit copain.



Frangine qui soit dit en passant ne bénéficie guère d'un meilleur sort, étant montrée comme une demeurée superficielle qui, non contente de décider de se marier à un (bel) inconnu deux heures (temps réel) après leur première rencontre, retient la leçon en tombant amoureuse d'un autre type qu'elle a rencontré… DEUX JOURS AVANT ! Une imparable image de la femme indépendante ici transmise par Disney. Fleurs, lauriers, satisfecit.

Le film propose ainsi un traitement pataud et gnangnan de la sororité – les chansons sur les bonhommes de neige donnent simplement envie de se jeter dans le vide avec un poids accroché à un testicule pendant que l'autre est cloué sur le montant de la fenêtre – comme des rapports humains en général. Les motivations des divers protagonistes sont toujours foireuses et jamais assez crédibles pour que l'on y adhère et la vacuité ambiante culmine en un final époustouflant d'inconsistance.

Comme les scénaristes, nous ne ferons par exemple qu'effleurer le traitement de la relation parents / enfants, supposément proches ("on a nos ptits trucs à nous ! Hihihi ! ") afin de rendre plus terrible encore la disparition des géniteurs qui auraient mieux fait de se ligaturer les genoux pour éviter de nous infliger une bouse pareille. Un roi et une reine de compétition qui décident d'enfermer seule leur gamine de dix ans dans sa chambre et de lui conseiller d'éviter de recourir à ses pouvoirs tant que faire se peut. Alors que ces pouvoirs deviennent plus puissants et incontrôlables avec les années. Alors que laisser la môme s'exercer afin d'apprendre à les maîtriser sans sombrer dans la sociopathie n'aurait pas été beaucoup plus stupide finalement. Une connerie pareille, ça force le respect. Il est simplement regrettable qu'ils ne soient pas morts avant d'avoir pu se reproduire, ils auraient sans conteste été lauréats d'un prix Darwin.


Chantons sous la neige


Spécialité Disney par la suite reprise dans presque tous les films d'animations : les chansons. De véritables moments de poésie qui gonflent les petits mais les ravissent une fois grands, dont nous gardons tous quelques solides et émus exemples ancrés dans notre ADN de petit occidental – du Livre de la Jungle au Roi Lion, d'Aladdin à Merlin l'Enchanteur ou Robin des Bois, les références sont légions et à juste titre. Et puis il y a La Reine des Neiges.

Les parties chantées, c'est bien mais à tout bout de champ, ça chauffe les parties. La plupart du temps simple moyen de remplissage – c'est toujours plus facile que d'écrire un scénario –, les personnages ne semblent pas le moins du monde capables d'articuler une phrase sans la chanter comme des benêts et chaque moment de pseudo émotions se voit aussitôt émasculé avec un couvercle rouillé de boîte de petits pois par une odieuse disharmonie, au choix, geignarde ou braillarde. Ce systématisme n'est pas sans évoquer l'insupportable travail de Jacques Demy, trop souvent porté aux nues malgré une œuvre qui le place comme le recordman invaincu du plus grand nombre de films chiants consécutifs.

S'il est cependant possible de trouver du positif au film, il faut le chercher du côté des rôles entendus des "side-kicks rigolos", à savoir le renne et un bonhomme de neige qui avait pourtant de prime abord tout pour devenir le Jar Jar Binks des films d'animation. Bien qu'extrêmement prévisibles, les deux personnages apportent un vent de fraîcheur dans un conte bien naze qui m'a fait perdre une heure quarante-deux de ma vie et me laisse froid. 

Le personnage du grand amour d'Anna – le vrai, pas le félon aux motivations aussi utiles qu'une banane en guise d'ouvre-boîte – s'avère également le plus réussi malgré une standardisation de bon aloi.

Finalement, ce qui aurait pu nous transporter dans un univers nordique folklorique émaillé de mythes et de légendes – comme Rebelle y était parvenu –, chute par fainéantise à tous les niveaux de développement de l'œuvre concourant à sa fadeur : scénaristique d'abord – comme Rebelle tiens – mais aussi graphiquement, dans la mise en scène, dans des parties chantées qui seraient encore supportables si elles ne mêlaient pas à la bêtises des paroles une horrible musicalité qui agresse les pavillons et dans l'incapacité à tout bonnement créer un univers cohérent, riche et complet comme Disney su le faire tant de fois par le passé – même s'il faut l'avouer aujourd'hui, Le Roi Lion, c'est quand même pas terrible. Mais bon, Proust et ses madeleines…

Red_Fox

3 commentaires:

  1. Il y a un film merveilleux https://fullfilmstream.net/566-inseparables-2019.html Vaut vraiment le regarder. C'est juste magnifique et j'ai vraiment aimé. Pour voir le plus je dirai Java

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  2. la reine des neiges est un bon films pour les enfants, vous pouvez le voir en streaming sur le lien suivant: LA REINE DES NEIGES 2 STREAMING VF 2019 FRANÇAIS EN LIGNE COMPLET GRATUIT

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  3. Elsa, Anna, Kristoff, Olaf et Sven voyagent bien au-delà des portes d’Arendelle à la recherche de réponses sur le passé d'Elsa. Cette dernière rencontre un Nokk – un esprit d’eau mythique prenant la forme d’un cheval - qui utilise le pouvoir de l’océan pour protéger les secrets de la forêt.
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